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L’UE souhaite poursuivre ses missions militaires au Mali, mais « pas à n’importe quel prix »


EURACTIV - Le rôle de l’UE dans une mission de défense et de sécurité antijihadiste dans la région du Sahel est de plus en plus menacé alors que les relations avec le gouvernement militaire du Mali continuent de se dégrader en raison du retard des élections et de la présence de mercenaires russes sur le territoire, ont reconnu des responsables de l’UE jeudi (13 janvier).

« Pour l’instant, nous poursuivons notre mission de formation et de conseil à l’armée et aux forces de sécurité maliennes », a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, à l’issue d’une réunion des ministres de la Défense de l’UE à Brest.

« Nous voulons rester engagés au Mali, nous voulons rester engagés dans le Sahel, mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix », a-t-il prévenu.

« Notre engagement n’a de sens que si nous restons dans le cadre que nous avons défini il y a trois ans », a déclaré la ministre française des Armées, Florence Parly.

L’UE a suspendu son aide financière pour le budget après que le Mali a annulé les élections qui étaient prévues. « Nous ne voyons aucun signe de progrès », a-t-il ajouté.

M. Borrell a annoncé que l’UE allait imposer des sanctions conformément aux mesures prises par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à la suite d’une réunion des ministres de la Défense de l’UE à Brest.

« Le risque que la situation se dégrade dans le pays est évident », a confié M. Borrell aux journalistes. Il a ajouté qu’il n’y avait « aucun signe de progrès du côté des autorités [maliennes] ».

Plus tôt dans la journée de dimanche (9 janvier), la CEDEAO a adopté une série de sanctions à l’encontre du Mali, notamment la suspension des transactions financières, en raison de l’incapacité des autorités intérimaires à organiser des élections démocratiques comme cela avait été prévu pour le mois prochain à la suite du coup d’État militaire de 2020.

Le gouvernement de la junte dirigée par le colonel Assimi Göita dit souhaiter une période de transition de cinq ans avant de nouvelles élections.

Cependant, la décision du colonel Göita et du ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop de déployer des combattants du groupe Wagner a également suscité une vive réaction diplomatique de la part de la France, de l’Union européenne et des États-Unis, et cela risque de faire échouer la mission antiterroriste dirigée par la France dans la région du Sahel.

Fin décembre, 15 pays occidentaux ont condamné le déploiement de combattants du groupe Wagner au Mali et ont accusé Moscou de leur fournir un soutien matériel dans une déclaration.

Le gouvernement malien avait alors nié le déploiement de mercenaires dans le pays, se contentant de parler de « formateurs russes » présents sur le terrain pour renforcer la capacité opérationnelle des forces de sécurité. Entre-temps, le gouvernement russe s’est imposé comme son principal soutien au sein de la communauté internationale.

Cependant, les responsables français affirment que 300 à 400 mercenaires du groupe Wagner sont actuellement en service au Mali et ils insistent sur le fait que la France retirera ses troupes de sa force régionale antidjihadiste de 5 000 hommes, nommée Opération Barkhane.

Le président Emmanuel Macron avait espéré réduire Barkhane au profit d’une force multinationale appelée Opération Takuba comprenant des troupes des États membres de l’UE. Toutefois, la présence du groupe Wagner au Mali pourrait compromettre cette mission.

En décembre, l’UE avait imposé des sanctions à l’encontre du groupe Wagner ainsi que huit de ses principaux commandants à la suite de révélations embarrassantes selon lesquelles des militaires de l’UE avaient formé des forces locales en République centrafricaine aux côtés d’agents du groupe Wagner.

« Nous avons suspendu la mission de formation des soldats, mais pas les missions de conseil militaire », a confirmé M. Borrell jeudi.

L’UE a également annoncé qu’elle allait procéder à un examen approfondi de ses missions de sécurité et de défense en Afrique afin de s’assurer que ses fonctionnaires ne travaillent pas avec des mercenaires du groupe Wagner.

« La République centrafricaine et le Mali sont deux faces d’un même problème, avec la présence du groupe Wagner par le passé qui illustre parfaitement les conséquences de la présence de cette société de mercenaire dans un pays », a ajouté Florence Parly.

Les priorités de la France en Afrique

En prenant la présidence du Conseil de l’UE, Paris a annoncé son intention de renouveler le partenariat entre l’Europe et l’Afrique avant un sommet crucial de l’Union africaine (UA) en février.

Dans le même temps, la prochaine stratégie militaire de l’UE, appelée « Boussole stratégique », souligne dans sa première version que « l’avenir de l’Afrique revêt une importance stratégique pour l’UE » et qu’il est nécessaire de renforcer encore la coopération stratégique avec l’UA sur la base « d’un dialogue politique et d’un engagement opérationnel de la Somalie à la région du Sahel ».

Le document indique également que « les conflits actuels, la mauvaise gouvernance et le terrorisme sur le continent affectent notre propre sécurité. C’est notamment le cas au Mali, dans la région du Sahel et en Afrique centrale, où l’instabilité, les groupes terroristes, la fragilité des structures étatiques, les mercenaires et la pauvreté généralisée constituent un cocktail dangereux qui nécessite un engagement soutenu de la part de l’UE  ».

Consciente du rôle que la Chine a pris en tant que principal fournisseur d’investissements dans les infrastructures en Afrique, l’Union européenne souhaite offrir quelque chose que ses rivaux ne peuvent pas égaler, et la coopération en matière de défense et de sécurité pourrait être une option.

Sans nommer explicitement le groupe Wagner, une référence aux « mercenaires » a été ajoutée au projet de stratégie militaire actualisée de l’UE, après que les liens avec Wagner ont été rendus publics à la fin de l’année dernière.

« En tant qu’acteur de la sécurité fiable, l’UE redoublera d’efforts pour soutenir les initiatives menées par les Africains qui contribuent à la paix et à la sécurité sur le continent africain », peut-on lire dans le projet actualisé.

L’accent est également mis sur le développement des contacts entre militaires et entre policiers avec leurs homologues africains, ainsi que sur le renforcement de la coopération trilatérale entre l’UE, l’ONU et l’UA.

Cependant, de leur côté, la Russie et la Turquie proposent également des contrats d’armement et un soutien militaire à une série d’États africains.

Faisant référence à cette tendance, le document de l’UE note que « nous constatons une concurrence géopolitique de plus en plus importante en Afrique, avec une présence accrue d’acteurs tant mondiaux que régionaux. Certains d’entre eux n’hésitent pas à utiliser des forces irrégulières dans des zones instables, sapant ainsi les efforts internationaux pour la paix et la stabilité ».
 

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